Étendez votre ouverture d’esprit pour nourrir votre créativité

Temps de lecture 6mn

L’ouverture d’esprit, c’est remettre un peu de confiance.

Une confiance même timide envers l’inconnu, le différent et l’indésirable.

C’est d’une certitude négative, remettre un peu de flou, accepter que vous ne connaissez pas le futur.

Mais notre cerveau n’aime pas vraiment qu’on soit ouvert. Si bien qu’il nous met des bâtons dans les roues. Et ce même si nous sommes déjà ouverts d’esprit.

Dans ce post, nous allons voir quels sont ces bâtons, et quelles sont les solutions pour y remédier.

Parce que c’est ainsi que vous pourrez améliorer votre créativité. En vous nourrissant ailleurs et différemment.

Une méfiance naturelle envers l'inconnu

Nous donnons trop d'importance au négatif.

Dans la nature sauvage de nos ancêtres, le positif n’était qu’un confort de plus dans l’existence. Trouver un beau fruit dans un arbre et vous étiez content. Le négatif, lui, pouvait signifier la mort. Ayant entendu un bruit dans les fourrés, il valait mieux déguérpir par précaution. Autant éviter de se faire manger par un animal aux dents acérées.

Biais de négativité

Pas étonnant, que la sélection naturelle, nous ait créé un cerveau qui privilégie autant le négatif.

Et pas besoin d’aller bien loin pour s’en rendre compte. Prenez simplement les infos et comptez le nombre d’événements positifs : vous n’allez pas en trouver beaucoup.

C’est ce qu’on appelle le biais de négativité.

Résultat de tout ça, notre cerveau a une méfiance naturelle et exagérée pour l’inconnu. L’inconnu est incertain par nature, et représente pour notre cerveau le même genre de surprise que peut l’être un bruit dans les fourrés.

C’est pour cela que les humains en majorité, n’aiment pas le changement. On parle alors de biais de statu quo.

Et c’est aussi pour cela que nous finissons par nous enfermer dans ce qu’on connait, dans la routine et in fine, dans l’absence de créativité.

avancer ou reculer, ce n’est pas symétrique

Si vous refusez de vous ouvrir, vous n’apprendrez rien. Impossible de vous remettre en question, impossible de savoir ce qu’il en serait au final.

C’est de cette manière que les phobiques 1 empirent leur état. Évitant systématiquement ce qui leur fait peur, ils n’ont pas moyen de se rendre compte qu’ils se font des films.

D’un autre côté, si vous vous ouvrez, que vous explorez un peu, vous allez apprendre. Vous saurez si il était la peine de s’inquiéter ou pas. Vous aurez acquis de l’information pour aller plus loin.

Mais il n’est pas si évident de s’ouvrir délibéremment. Nous allons le voir avec l’histoire suivante.

Des histoires de bananes et de singes

Je vais vous raconter une histoire. Elle a été imaginée pour expliquer les mécanismes de conditionnement.

Il s’agit d’un dispositif ingénieux.

Théorème du chimpanzé

Des scientifiques mettent des chimpanzés dans une cage2, ainsi que des bananes en haut d’une échelle. Au premier singe voulant les récupérer… Plouf ! Tous les singes sont mouillés.

Plus aucun chimpanzé n’a donc l’idée d’y retourner.

Mais c’est là toute la perversité du système. Régulièrement, ils sortent un singe de la cage pour en mettre un nouveau. Simulant de cette manière, les morts et les nouveaux-nés d’une culture.

À chaque fois, le p’tit nouveau finit par vouloir récupérer ces fameuses bananes. Mais… Paf, pim, poum, à chaque fois, il se prend une déculotée par ses congénères, avant même de les avoir récupérées.

Après plusieurs de ces “générations” artificielles, plus aucun singe ne connait les raisons de l’interdiction.

C’est interdit, c’est tout.

Et chaque singe fait du zèle pour conserver l’interdiction. Le dispostitif d’arrosage peut être retiré. Les bananes resteront bien gardées.

Que peut-on apprendre d’une telle histoire ? Et ben, que toute évidence se questionne. Le sentiment d’évidence n’est pas une preuve. Le sentiment que c’est mal, n’est pas une preuve.

Pour qu’une chose soit considérée comme mauvaise, inspirez-vous plutôt de l’utilitarisme. Il s’agit d’estimer la morale d’une action, en fonction de ses conséquences sur les êtres sensibles.

Bref, si ça fait du bien et que ça ne fait de mal à personne pourquoi s’en priver ? En d’autres termes, il n’y a aucun mal à chercher une banane si personne n’est arrosé.

Se fermer parce qu’on le veut

On vit tous dans une bulle.

Une bulle que chacun se construit. Chacun choisit de parler aux mêmes personnes, de consulter certains magazines et d’écouter certaines émissions.

C’est rassurant, cela entretient une vision du monde stable et cohérente.

On évite soigneusement ce qui nous contredit et tout va bien pour le meilleur des mondes.

Ce phénomène est très bien compris par la science et répond au doux nom de biais de confirmation. En quelques mots, nous cherchons ce qui confirme notre vision du monde et évitons ce qui la contredit.

Biais de confirmation

Par exemple, si vous croyez que votre vélo est le meilleur du monde, vous ne lirez que des articles disant la même chose. Vous n’écouterez que les personnes d’accord avec vous.

Nous finissons ainsi enfermé dans notre bulle, sans vraiment l’envie d’en sortir. Mais pour s’ouvrir il va bien falloir mettre le nez dehors.

Pour cela, écoutez d’autres personnes, d’autres émissions. Quand vous avez un avis, intéressez-vous à ce qui vous contredit. Faites votre propre avocat du diable. Cherchez midi à quatorze heure.

C’est ainsi que votre bulle va s’agrandir. Fondamentalement, votre vision du monde ne sera pas différente, elle sera simplement plus nuancé, intégrant plus de variables et de profondeur.

Se fermer sans s’en rendre compte

Le plus vicieux, dans la fermeture d’esprit, c’est lorsque notre cerveau nous crie qu’il n’y a plus rien à voir.

On appelle cela le biais de disponibilité. Notre cerveau nous souffle quelques réponses, mais nous fait croire, et fermement, qu’il n’y a plus rien à voir d’autre.

Vous voudriez un mode de transport pour vous déplacer en ville, et qui puisse s’emporter partout très facilement.

Après avoir considéré le vélo, la voiture et la marche, vous abandonnez votre recherche parce que c’est très clair : il n’y a pas de solution.

Exemple de biais de disponibilité

Alors que vous auriez pu envisager la trottinette et le skate board par exemple.

Quand vous cherchez des solutions, dites-vous dans votre tête : “il y a des possibilités que je n’envisage pas”. Ou dites-le tout haut, peu importe. Mais prenez-en conscience.

Si je vous demande quelle est la maladie la plus mortelle, vous allez penser à ce qui se trouve près de chez vous. Alors que le moustique est l’un des pires fléau en terme de santé dans le monde.

Si votre but est de sauver un maximum de gens dans le monde, la solution pourrait très bien commencer par là.

Comparer les oranges et les clémentines

Une orange et une clémentine, ça se ressemble, mais ce n’est pas la même chose.

Or, bien souvent notre cerveau nous souffle que deux situations ou deux objets proches sont les mêmes. On applique dans un cas, ce qu’on a appris pour l’autre. Avec la certitude qu’on fait bien.

C’est ce qu’on appelle l’illusion de savoir3.

Par exemple, il existe des subtilités d’utilisation entre machine à écrire et clavier d’ordinateur. Sur une machine à écrire, l’espace n’est pas un caractère, c’est un déplacement de la machine vers la droite. Il en résulte des difficultés d’adaptation des utilisateurs des machines à écrire, qui ne conçoivent pas qu’on puisse effacer un “blanc” sur un ordinateur. D’où des contorsions bizarres pour arriver à leurs fins.

On peut le comprendre.

Pour éviter ce biais psychologique, observez et acceptez qu’il existe des nuances. Acceptez de ne pas savoir dans LE cas précis qui est devant vous. Ne dites pas que le ping pong et le tennis, c’est plus ou moins la même chose. On ne soigne pas un chat pareil qu’un chien, et vous n’aimeriez sûrement pas vous faire soigner par un vétérinaire.

Les préjugés, une manière d’avoir des certitudes

Vous commencez à comprendre, notre cerveau préfère MAL savoir que RIEN savoir.

Si vous n’utilisez que des marteaux et que je vous passe un tournevis, vous allez sûrement taper avec.

C’est cette tendance qui est à l’origine des stéréotypes4. Un homme de 25 ans arrive devant vous, avec une moustache et un beau foulard. Et vous vous dites, c’est un hipster. C’est quelqu’un qui [insérez ici les préjugés que vous avez sur les hipsters].

Portrait d'un hipster

Vous l’aurez mis dans une boîte en un quart de seconde. Avec cette approche, vous ne pouvez plus apprendre de la personne. Vous pensez déjà tout savoir. Toutes les subtilités de son caractère, de son histoire, de ce qu’elle a vécu ou pas, aux oubliettes.

Il est plus facile de s’en rendre compte dans le sens inverse. Vous n’aimeriez probablement pas qu’on vous mette en boîte aussi rapidement, qu’on ait l’impression de tout connaître de vous, au premier regard.

Alors parlez à des personnes différentes de vous, c’est déjà un premier pas. Et ensuite, écoutez-les, sans attente et préjugés, sans chercher à savoir avant eux.

Vous pourrez découvrir le plaisir de vous laisser surprendre.

Tout noir ou tout blanc

Nous avons tendance à séparer le monde en bien et mal. Le gris clair devient blanc, et le gris foncé devient noir. Entre les deux rien.

Vision binaire ou en dégradé

Cela nous permet de vivre dans un cadre rassurant : celui d’un monde simple et catégorisable.

Résultat : tout ce qui nous parait un tant soi peu négatif est évité. Nous nous fermons complètement. Nous oublions que le négatif pourrait contenir du positif.

Par exemple, le venin de serpent est un poison, mais c’est aussi un médicament 5.

Autre exemple. Les bactéries sont souvent mal aimées. C’est vrai que certaines d’entre elles rendent malades. Mais c’est oublié que notre corps en a besoin et qu’elles travaillent gratuitement pour fabriquer pain et autres produits fermentés.

C’est un exercice très difficile. S’intéresser à ce qu’on évite ; regarder les choses telles qu’elles sont, sans déformation ; tenter de voir le positif dans le négatif ; accepter l’ambiguïté.

Ce n’est pas facile, car nous sommes parfois sujet à un autre biais : l’intolérance à l’ambiguïté 6.

Mais dès lors que vous connaissez ce biais, vous pouvez choisir de le dépasser. Comme tous les autres d’ailleurs. Vous pouvez accepter un petit inconfort pour avancer dans votre ouverture d’esprit.

Parce qu’au final, c’est de cela qu’il s’agit : sortir de votre zone de confort. Et plus vous le ferez, plus ce sera facile.

Toutes les solutions, en un coup d’œil

Nous avons ouvert quelques portes, dans le domaine de l’ouverture d’esprit.

En résumé, pour être plus ouvert :

  • prenez conscience qu’il faut aller voir, explorer pour apprendre
  • estimez la morale d’une action, en fonction de ses conséquences sur les êtres sensibles, et non "parce que c'est comme ça"
  • cherchez à avoir tort, faites votre propre avocat du diable
  • dites-vous qu’il y a des possibilités que vous n’envisagez pas, malgré leur caractère invisible
  • n’extrapolez pas sans discernement, n’utilisez pas un clavier d’ordinateur comme une machine écrire, un tournevis comme un marteau
  • ouvrez-vous aux gens sans préjugés, parlez à des gens différents de vous
  • voyez le positif derrière le négatif, acceptez l’ambiguïté

Faites un petit geste chaque jour. Pas besoin de beaucoup pour entamer la boucle de l’ouverture d’esprit. Il faut seulement démarrer.

C’est comme si vous vouliez courir un marathon. Il faut malgré tout commencer par quelque chose. Alors, marcher 30 minutes, au lieu de vos 15 minutes habituelles, c’est déjà faire un pas supplémentaire.

L’ouverture n’est pas un résultat, c’est un chemin qu’on emprunte. Et ce chemin, vous pouvez le commencer maintenant.

1 : Conduites : réassurance, évitement
2 : What Monkeys Can Teach Us About Human Behavior: From Facts to Fiction
3 : The Illusion of Explanatory Depth
4 : stereotype
5 : Venin : quand le poison devient médicament
6 : Ambiguity tolerance–intolerance

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