Le Creation canvas
Des post-it et des cases pour trouver votre idée de création

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Vous connaissez Mr Patate ?

Vous savez ce bonhomme pour les enfants. Avec une tête patate, et des accessoires, yeux, lunettes, moustache qu’on peut planter dedans.

On peut tenter rapidement de nombreuses combinaisons, mettre la bouche à la place d’une oreille par exemple.

On tâtonne, mais on avance grâce au cadre donné par le trou et les accessoires.

Mr Patate

Et si il existait justement un cadre pour trouver son idée de création ? Un cadre universel qui fonctionne pour trouver son idée d’entreprise ou de roman, de présentation ou d’article, de logiciel ou de BD, de pièce de théâtre ou de projet associatif.

Et ce, que ce soit en groupe ou seul, sur un coin de nappe ou organisé avec des post-it et un poster.

Bienvenue dans le monde du Creation canvas. Cet outil vous permettra d’avancer quand vous bloquez sur votre idée. Petit pas après petit pas, vous allez construire votre idée. En tâtonnant certes, mais dans la bonne direction.

Comme un enfant avec Mr Patate.

Pour moi cet outil est la conjonction de plusieurs de mes recherche en créativité. Je suis très enthousiasmé par cet outil et pas ses résultats.

Dans cet article, je vais tout vous expliquer dessus. Le Creation canvas, c’est quoi au juste ? Comment l’utiliser ? Je donnerai des exemples issus d’un atelier (merci à eux1), ainsi que tout ce qu’il faut pour vous approprier la technique. Et pour votre cas précis : version en ligne, supports imprimables, fonctionnement en groupe ou seul, etc.

C’est parti !

Pourquoi le Creation Canvas

Des moyens pour avancer petit à petit, dans la bonne direction

Chercher une idée est difficile.

Imaginez que vous grimpez un escalier, si les marches sont normales tout va bien. Mais si tout l’escalier est remplacé par une seule grande marche ? Vous galérez à grimper sur la seule et unique marche. Vous réussissez ou vous échouez, mais pas d’intermédiaire.

Avec le Creation canvas, vous avez plein de petites marches. Ainsi vous avez avancez un pas après l’autre, c’est plus stimulant.

Et si vous êtes plusieurs, ces petites marches permettent d’intervenir sur les idées des autres. Si j’ai une idée toute faite, c’est difficile d’interagir avec. Ici, vous verrez qu’il en est autrement.

L’exemple du Mr Patate canvas

Relier les accessoires aux trous de Mr Patate

Un canvas c’est un ensemble de blocs, ou disons des cases, qu’on peut remplir. Des blocs bien choisis, et sur lequel on peut tester ses choix.

Si je reprends mon exemple de Mr Patate, il pourrait y avoir un bloc “trou numéro 1”, “trou numéro 2”, etc. Ça, c’est le Patate canvas, pour ainsi dire.

De l’autre, vous remplissez des petits bouts de papier avec ce que vous souhaitez : bouche, nez, yeux, parapluie, écharpe, etc.

Voilà, vous pouvez tenter de mettre les bouts de papier dans les blocs. Nez dans le trou numéro 2, et parapluie vous hésitez encore alors il reste sur le bord. Et hop, vous changez d’avis et vous glissez Nez dans le trou numéro 5. Vous voyez l’idée.

Les canvas sont utilisés en facilitation. La facilitation, c’est l’art d’animer un groupe pour lui faire atteindre un but.

Mais vous allez me dire, le Patate canvas ne parait pas très utile. Effectivement…

D’où l’idée du Creation canvas. Mais c’est quoi au juste ?

Le Creation canvas

8 blocs pour accompagner votre progression

Le Creation canvas

Le but du Creation canvas c’est de trouver votre idée, résumée en deux ou trois phrases. C’est ce qu’on appelle un pitch.

Le pitch est donc notre bloc final, celui qu’on cherche à remplir.

Mais on ne trouve jamais un pitch directement. En tout premier lieu, on a une piste, quelque chose qui nous attire. C’est le bloc élan. Je l’ai appelé ainsi, car il nous donne de l’élan, une envie d’avancer.

En atelier, les participants devaient imaginer un scénario. Voici un des élans qu’ils ont trouvés. Je cite :

Une société où c’est très, très compliqué de mourir.

On sent qu’il y a du potentiel, mais on ne sait pas où ça va nous mener.

Ensuite, on enchaîne en général vers la bonne idée. C’est le bloc formule. Là, on sait qu’on tient quelque chose, mais c’est encore insuffisamment précis.

Pendant l’atelier, ils ont continué avec :

Les Hommes se haïssent à force de vivre longtemps. Ils développent une misanthropie à l’échelle planétaire.

Avoir la formule c’est comme avoir la bande annonce sans avoir le film. On a une idée générale, mais il faudrait développer un peu.

D’où le pitch trouvé ensuite :

Dans un monde où l’homme est devenu immortel, un suicidaire veut en finir car il déteste les gens. Mais une rencontre avec un naïf qui aime la vie va le faire hésiter. Alors que pour le naïf, c’est le début de la descente aux enfers.

Ces 3 blocs sont la colonne vertébrale de votre idée, vous les trouverez donc au centre. Mais tout ceci n’est pas sorti du néant. Il a fallu s’appuyer sur d’autres blocs.

II y a donc 5 blocs supplémentaires, qui sont autant d’appuis pour progresser vers le pitch. Vous les trouverez partout sauf au centre. Les voici.

Tout d’abord le bloc leviers. Il comprend tout ce sur quoi vous pouvez vous appuyer :

  • vos compétences
  • vos connaissances
  • votre réseau de connaissances
  • du matériel à disposition
  • votre énergie indéfectible dans telle ou telle activité
  • etc

Dans la lignée de notre élan précédent, les participants avaient inscrit comme levier : orchestre. Cette idée n’a pas été poursuivie jusqu’au bout finalement. Une idée, cependant, en est ressortie : “Orchestre = chaque instrument permet la mise à mort”.

Vient ensuite, le bloc sens, c’est ce qui vous fait vibrer, ce que vous avez envie de changer, d’améliorer, ce que vous défendez comme valeurs.

Pour une autre piste de scénario, un participant avait inscrit :

L’égalité hommes femmes

Dans ce cas, on est face à des valeurs, une vision de la vie à défendre. Mais ça pourrait plus simplement être “Le partage” par exemple.

Maintenant, le bloc contraintes.

Peut-être n’avez vous pas de budget ou alors vous devez créer un site web dans un temps limité.

Mais les contraintes peuvent aussi choisies plutôt que subies. Si vous fabriquez un aspirateur, vous voulez peut-être qu’il soit silencieux et simple à utiliser.

Sur d’autres idées que la précédente, ils avaient noté “huit-clos”. Huit-clos c’est l’idée que les personnages sont enfermés dans une pièce où toute l’histoire se déroulera. Ici, c’est une contrainte choisie.

Ensuite, le bloc des promesses. C’est ce que vous en attendez ou que d’autres personnes en attendent. Mais il ne faut pas confondre avec la case sens. Les promesses sont plus terre à terre. En d’autres termes, c’est l’effet direct de la création qu’on peut vouloir atteindre. On peut vouloir susciter un sentiment, rendre tel service, permettre telle chose.

Dans mon exemple, ils avaient inscrit : suspense. Ici, c’est une promesse pour le public. On veut faire vivre du suspense au public. Mais j’ai pu lire ailleurs : “surprendre, faire rire”.

Et pour finir, le bloc fragments. Ce bloc sert pour créer des fragments d’informations, qui sont trop petits pour rentrer dans un bloc. On peut s’en servir pour compléter une idée. On peut aussi s’en servir dans le but de se donner du grain à moudre.

Reprenons notre cas. Il y a eu de nombreux fragments au total. De petites informations isolées. Par exemple : “Les mains dans les poches”. Je n’ai pas pu détecter si d’autres idées en étaient inspirées. Mais cela peut être source d’inspiration. Le thème de la paresse par exemple.

Le mot “aveugle” est sorti également. A ce stade, on ne sait pas trop à quoi ça s’applique et c’est justement ce qui est intéressant. Cela pourrait inspirer l’idée d’une société où tout le monde est aveugle aux vrais problèmes, mais pas aveugle des yeux.

Le canvas avec les papiers de l'atelier

Voici un autre exemple avec l'image en grand, ainsi que les post-it pour une idée de fresque.

Pour résumer.

Il y a trois blocs sur l’idée elle-même, au centre du canvas :

  • l’élan
  • la formule
  • le pitch

Il y a deux blocs de prérequis, que vous trouverez à gauche :

  • les leviers
  • les contraintes

Deux blocs de finalité, que vous trouverez à droite :

  • le sens
  • les promesses

Et enfin un bloc pour aider, compléter, donner de la matière, le bloc fragments qui se trouve en bas.

Déroulement

Vous l’aurez compris, vous pouvez vous faciliter la vie en vous appuyant sur les 5 blocs que sont : les leviers, les contraintes, le sens, les promesses et les fragments.

Ces blocs vous aideront d’abord à trouver un élan. Et c’est là où ça devient intéressant. A partir de cet élan, vous pouvez remplir de nouveau les 5 premiers blocs.

Imaginez. Je remplis d’abord le bloc leviers avec “connaissances en programmation”. Je remplis ensuite l’élan avec “créer un site de partage de ressources”. Je peux revenir à leviers et inscrire admettons “connaissances en ergonomie des sites web”.

Vous pourrez agir de la même façon avec le bloc formule et ainsi vous aider à trouver le pitch.

Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans tous les papiers. Sachant qu’il y a des idées reliées et d’autres non.

Je vous recommande alors de dessiner une figure géométrique identique sur tous les papiers reliés entre eux. Toutes les idées autour de l’humanité devenue immortelle, étaient annotées d’un triangle. Une autre série d’idées était annotée d’une étoile : “Le ciel est (trop) bas”, “homme-oiseau contre homme-homme”, “les oiseaux slaloment entre les gens”, etc.

Figures géométriques pour lier les papiers

Dégagez-vous un temps dédié à cette activité. Par exemple, 10 minutes, 30 minutes ou 1h. Bien sûr, vous pouvez arrêter avant, si vous trouvez un pitch enthousiasmant.

Il arrive parfois qu’on ait plusieurs pitchs, ou des variantes d’un même pitch et qu’il soit difficile de se décider. Si vous êtes seul, je vous conseille d’imaginer ce que vous recommanderiez à un ami2. Cela permet de prendre du recul et de décider de manière plus pertinente.

En groupe

S’appuyer sur les autres, sans se gêner

Tout le monde a des bouts de papier ou des post-it à disposition ? Vous avez dégagé du temps pour cette activité ? OK, la session commence.

Les participants peuvent partir de leur propre inspiration, ou bien s’inspirer des papiers des autres3. Dans ce dernier cas, je rappelle d’annoter une figure géométrique pour s’y retrouver.

Le tout, c’est d’écrire en silence, ou a minima, de ne pas chercher à “vendre” son idée. Cela permet à chaque participant de poursuivre sur les idées qui l’inspirent, plutôt que sur les idées mises en avant.

Il faut veiller à ce que l’égo ne pèse pas trop dans la balance. Ce n’est pas la personne qui a lancé une idée qui se l’approprie. Il faut conserver une attitude collective et “anonyme” face aux idées. Sinon, chacun risque de poursuivre ses idées tout seul, ce qui limite l’intérêt de l’exercice.

A la fin, vous voudrez départager les différents pitchs. Cela se passe en deux phases. Première phase, vous donnez à chacun un droit de véto sur les pitchs. Il suffit donc d’une seule personne pour en exclure un. Bien sûr, un véto ne se prend pas à la légère. Il sert seulement dans le cas où la sélection d’un pitch serait mal vécue.

Pourquoi un véto ? Les idées sont à tout le monde, en conséquence, il doit y avoir une adhésion minimale de tous. On parle également de consentement pour indiquer cette adhésion minimale.

Sur les idées restantes, chacun peut inscrire entre zéro et trois bâtonnets au stylo, sur chaque pitch4. Celui qui obtient le plus de bâtonnets l’emporte.

Imaginons qu’il y ait 3 pitchs et que je suis un des participants. Je peux inscrire deux bâtonnets sur le premier pitch, deux sur le deuxième et rien sur le troisième.

Schéma de la séquence pour les groupes

Le cas des grands groupes

A chaque multiple de 4 ou 5 personnes, vous faites un nouveau groupe. A partir de 8, vous pouvez faire 2 groupes, à partir de 12, 3 groupes, etc.

Les règles sont les mêmes que précédemment. On en ajoute seulement une : la possibilité pour chaque participant d’aller dans les autres groupes pour copier les élans, les formules et les pitchs.

Cela permet de bénéficier des idées des autres groupes, sans se surcharger d’informations secondaires.

A la fin, le système de départage des idées reste identique, mais en fusionnant les groupes.

Les détails pour s’y mettre

Voici la version en ligne, les PDF, et quelques explications supplémentaires

Voici les ressources disponibles :

Pour l’impression, pensez à mettre au format paysage et à ajuster au support.

Si vous choisissez l’option A2, c’est à dire 4 feuilles, vous pouvez les poser sur une table, sans scotch ou fixation particulière.

L’avantage de la table, c’est qu’il est possible d’être nombreux autour.

Vous pouvez utiliser des bouts de papier à la place des post-it. La technique est simple. Pour 6 personnes, vous pouvez prendre une dizaine de feuilles de papier. Vous les coupez en deux et vous faites un seul tas. Vous renouvelez l’opération encore deux fois. Vous obtenez des papiers d’environ 10.5 cm x 7.5 cm.

Pour la version en ligne, vous pourrez exporter un fichier .json pour créer une sauvegarde de votre travail. Ensuite, il suffira de choisir ce fichier et de cliquer sur importer pour le retrouver.

Vous avez à disposition des caractères spéciaux à copier/coller, qui feront office de figure géométrique. Cela vous servira pour relier les fiches qui vont ensemble en les insérant dans votre post-it.

Pour gagner en place, vous pouvez mettre en plein écran, sans les options navigateur qui gênent l’espace (touche F11 sur PC, appuyez de nouveau sur F11 pour en sortir).

Cette page n’est pas pensée pour les smartphones, car il faut suffisamment de place pour déplacer les post-it dans les différents blocs.

Astuce : un post-it peut se redimensionner grâce à son coin en bas à gauche. Et pour l'effacer, double-cliquez sur la croix.

Testez maintenant !

C’est le moment d’essayer. Rendez-vous sur la version en ligne. Créez votre premier post-it, et mettez-le dans le bloc concerné. Et continuez, simplement.

Testez-vous sur un de vos projets ou lancez-vous dans un projet imaginaire : une BD, une petite entreprise ou un article de blog. Le tout, c’est de commencer.

Et qui sait, à force de côtoyer ces 8 blocs, de-ci de-là, ils pourraient bien devenir vos amis.

1 : Merci aux participants pour leur autorisation
2 : Source : Differential weighting in choice versus advice: I’ll do this, you do that
3 : Je me suis inspiré du Brainwriting Pool
4 : Principe du vote par valeur

Le monde a changé, nous avons besoin de créer différemment.

Les outils existent, mais ils sont éparpillés à droite, à gauche. C’est pourquoi, il est temps de les réunir.

Le verre soufflé a rencontré l’électricité. L’ampoule était née.

Aujourd’hui, l’agilité informatique peut s’inviter dans votre atelier bois.

Les principes du design vous aident à créer votre entreprise.

Les outils sont là. Il faut seulement les réunir. Trouver un vocabulaire commun. Simple. Pour tous les créateurs : créatifs, artisans, entrepreneurs, artistes, designers, innovateurs, etc.

C’est ce que je fais depuis de nombreuses années… Pour une nouvelle boîte à outils des créateurs.

C’est ce que je vous propose ici-même, sur Holographik, avec des articles, des vidéos et des infographies.

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D'autres posts : comment stimuler votre inspiration en tirant une carte / innover sans moyens matériels / améliorer votre créativité artistique / créer collectivement avec des cases et des post-its.

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  • Une technique contre la panne d'inspiration
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