Le monde de Gérard : ce truc qui pourrit les relations

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Notre manière de faire société ne fonctionne pas.

Alors oui, la plupart des gens savent se faire des amis, savent coexister dans un environnement professionnel et fonder une famille. Mais il y a des bugs, de nombreux bugs.

La société se divise en communautés et sous communautés qui semblent se tirer dans pattes. On retrouve encore du harcèlement à tous les étages. Les gens différents sont chroniquement exclus.

C'est comme si, on en était encore à l'ère de la survie sociale. J'aimerais proposer un autre modèle, celui de l'épanouissement social. Avec plus d'empathie et plus de capacité à vivre ensemble.

C'est quoi le monde de Gérard ?

Mais pour cela, je vais faire un détour, dans l'une de mes grandes passion. Le théâtre. J'adore le théâtre, il me permet de comprendre la nature humaine. De comprendre les micro comportements et les mécaniques sociales.

Et comme j'enseigne le théâtre, j'ai pu faire une observation. Presque systématique.

Quand les gens improvisent, ils ne s'en réfèrent pas à la réalité. Ils s'en réfèrent à un autre monde. C'est tellement frappant que je lui ai donné un nom. Le monde de Gérard.

On y observe toutes sortes de choses.

Les gens utilisent des gros téléphones fixes, avec des sonneries qui font driiiiiing, alors qu'eux-mêmes n'en n'ont pas. Ils utilisent des prénoms comme Marcel, Gérard ou Germaine qui ne sont pas de leur génération. Ils jouent des personnes âgées avec une canne et des tremblements à n'en plus finir...

Mais justement, focalisons-nous sur ce dernier exemple.

Cette manière de jouer une personne âgée est systématique. Pourtant, elle n'existe presque pas en vrai. Une personne penchée avec une canne. Cela signifie une maladie du bassin ou des os. Des tremblements, cela signifie une maladie de Parkinson.

Sur 100 personnes âgées de 80 ans, je parie que vous n'en trouverez pas une seule qui cumule ces deux caractéristiques. C'est dans l'imaginaire, mais pas dans la réalité.

Pourquoi on s'en sert ?

Mais alors pourquoi s'en référer à une réalité inexistante ? Pour commencer, le grand avantage, c'est que ça permet de communiquer très vite. Admettons que vous vouliez faire un mime pour faire deviner "personne âgée", alors ça sera très clair. Vous aurez utilisé un stéréotype ultra connu et tout le monde comprendra en un quart de seconde.

Le monde de Gérard est souvent très éloigné de la réalité, mais utilise des images fortes, reconnaissables entre mille. Mais alors où est le problème ?

C'est simple, le problème c'est que la distinction entre le monde de Gérard et la réalité n'est pas toujours simple. Les confusions entre les deux sont fréquentes. À tel point qu'il faut parfois que j'argumente pour démontrer que tel comportement n'existe PAS dans la vraie vie.

Voici la raison.

Les gens ont une réception très fine de tous les signaux de leur environnement. Ils peuvent détecter le moindre signe d'agacement ou de froideur. Mais dans leur tête, ces signes sont traduits dans un langage simplifié. Comme vous diriez un dessin animé, avec des constrastes et des couleurs simplifiées. Ce langage, c'est le monde de Gérard.

Il permet une économie cérébrale en se référant à de grands archétypes. Les gens savent que le monde est plus complexe que ça, mais s'en référent inconsciemment. Au moins comme brique de base. Ensuite, ils nuancent, ils atténuent, mais ça reste la brique de base.

Et dans les faits, ça donne quoi ?

Un exemple plus fin, pour vous montrer ça.

Montrez à un groupe, une personne énervée en vidéo. Ils vous diront qu'elle a crié... alors qu'en fait... eh ben non. Dans leur tête, énervement = cri. Donc, ils en déduisent qu'ils ont entendu la personne crier.

Mais si on observe vraiment, on n'aura seulement vu les signes de la colère, mais pas les cris. Demandez à des gens de jouer la colère. Systématiquement, ils vont crier. Ils n'envisagent pas facilement d'autres cas.

Je fais cette même observation en dessin. Demandez aux gens de dessiner ce qu'ils voient, ils dessinent autre chose. Encore une fois, ça sera une réalité alternative. Un visage n'aura pas de front par exemple. Or le front est assez grand sur un visage.

La raison, c'est qu'ils piochent dans le monde de Gérard. C'est la référence pour penser.

Mais il y a une bonne nouvelle.

C'est que ça s'apprend très bien. Quand je forme mes élèves pour être plus subtils, ils apprennent très vites. Ils apprennent à développer plus d'empathie pour leur personnage. Ils apprennent à connaître un peu mieux la réalité.

Et c'est pour le mieux, parce que le monde de Gérard crée des problèmes.

Il ne permet pas de comprendre, d'être en empathie, d'être en écoute avec les autres. Et à la moindre occasion, on va piocher dans le monde de Gérard :

— Non mais c'est une coincée, complètement aigrie, si elle t'a dit ça, c'est pour te faire du mal

Ou :

— Ah bon je croyais que t'étais intello, tu fais du sport toi ?!

Dès qu'une personne vient en contradiction avec ce qu'on pense d'elle, c'est que la personne exagère, se trompe ou ment.

— Dépressif ? mais arrête tes bêtises, il dit ça juste pour se faire plaindre !

Ou bien :

— Mais elle est pas une tête d'autiste Isabelle ?! Dans ce cas là, moi aussi je suis autiste.

À partir de là, le dialogue n'est plus possible. La réalité de l'autre ne nous intéresse plus, le monde de Gérard suffit amplement. La fiction dépasse la réalité.

C'est donc pour ça qu'il faut changer de mode de fonctionnement. Pour comprendre l'autre, le différent. Pour aider l'inclusion et la diversité.

Pour sortir d'une société de survie relationnelle et entrer dans une société d'épanouissement relationnel. Pour regarder les autres, comme tant de personnes uniques, sans les fourrer dans des cases pré établies.

Et même pour pouvoir être soi-même, sans se conformer à des archétypes tout construits. Je suis un homme ou une femme, alors je dois être comme ci ou comme ça. Je suis timide, intello ou manuel ou ci ou ça. Peu importe.

On s'enferme soi ou on enferme les autres. On nie les vécus, les ressentis, car le monde de Gérard n'est pas d'accord. Mais le monde de Gérard se trompe. Et même très souvent.

Les 3 étapes

C'est très bien vous allez me dire, mais comment faire ?

La première étape, c'est de suspendre votre jugement. Au lieu de dire "le placard est mal fermé, ça doit être Sylvie ça, tête en l'air comme elle est". Dites-vous juste que vous ne pouvez être sûr de rien. Suspendez votre jugement, rien ne presse. Suspendez votre jugement, car on peut vivre sans certitudes. On peut vivre sans tout savoir.

Un bon enquêteur suspend son jugement. Il ne saute pas sur la première certitude venue. Il envisage de multiples possibilités. Il observe, il apprend.

La deuxième étape, c'est de partir du principe que la personne dit vrai. Pourquoi ça ? Parce que si vous partez du principe que la personne dit des bêtises, alors vous n'êtes plus en position d'apprendre. Vous avez déjà "bon" dans votre tête, plus besoin de vous intéresser à ce qu'elle dit.

L'hypothèse la plus porteuse, c'est parier sur la confiance.

Si une personne vous dit "je suis trop fatigué pour travailler", partez du principe qu'elle est réellement trop fatiguée pour travailler. Écoutez-là, essayez de comprendre, intéressez-vous à ce qu'elle vous dit. Vous ne prenez aucun risque. Vous ne prêtez pas vos clés d'appartement au premier venu. Vous accordez juste une confiance a priori sur ce qu'elle dit.

Troisième étape. L'ouverture. Il suffit juste d'écouter vraiment. De s'intéresser à ce que dit l'autre. De laisser une porte ouverte pour que l'autre s'exprime. Vous allez donc accumuler de l'information.

Quatrième étape. Tirez les enseignements. Remettez en perspective ce que vous connaissez du monde à partir de vos nouvelles informations. Ainsi, vous pouvez remettre en question le monde de Gérard, Ainsi vous pouvez affiner votre vision du monde.

À ce stade, vous pouvez même faire preuve d'esprit critique. L'esprit critique devient un problème quand il est posé dès le départ. Coupant ainsi toute écoute et toute curiosité.

Donc d'abord on s'informe, ensuite on intègre et on tire les leçons.

Voyagez sans bouger

Si vous suivez ces étapes, vous n'aurez plus besoin de prendre l'avion pour voyager. Parce que le voyage, il est partout. Vous pouvez voyager en discutant avec toute personne différente de vous. En écoutant, en vous intéressant. Et pas besoin d'aller loin.

Vous n'aurez plus besoin d'un monde de Gérard, qui ressemble à une mauvaise carte postale. Vous irez directement sur place pour découvrir les habitants et les paysages.

Et si vous voyagez ainsi, vous inciterez d'autres à faire de même. Votre ouverture se ressentira et fera germer les premières pousses, d'un monde plus ouvert et plus inclusif.

Un monde où ce n'est plus la survie relationnelle, juste la possibilité de s'épanouir. Ensemble.

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