Confiance en ses idées créatives
3 étapes simples pour la retrouver

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Vous prenez une roue de vélo et vous l’exposez !

Voilà, vous avez une oeuvre d’art. Et cette idée ne sort pas de nulle part, c’est Marcel Duchamp qui l’a eu. Et je dois bien avouer qu’il fallait du cran.

Vous ne trouvez pas ? Alors essayez !

Prenez un objet de chez vous, allez sur une place publique et posez le sur un tabouret. Déclarez ainsi aux passants : “C’est mon oeuvre”. Seriez-vous à l’aise ?

La roue de vélo de Duchamp
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Marcel Duchamp a créé une vingtaine d’œuvres de ce type qu’il nommera lui-même ready-made. La roue de vélo était sa première tentative.

Ça vous parait excessif comme démarche ? Chacun son opinion. Dans tous les cas, on pêche souvent par excès inverse. Le manque de confiance dans ses idées pose de nombreux problèmes : difficulté à assumer ses idées, tendance à être intransigeant avec soi-même, s’empêchant par la même occasion de pouvoir progresser, etc.

A l’inverse, la confiance permet d’être plus détendu et plus motivé, et surtout plus créatif… Je vous explique juste après.

Je vous propose dans ce post, 3 étapes pour gagner en confiance. Vos idées méritent d’être entendues comme n’importe quelles autres, alors vous me suivez ? En piste !

Pourquoi gagner en confiance ?

Imaginez le coût du manque de confiance. Pendant que vous angoissez sur l’intérêt ou le désintérêt de votre idée, vous n’avancez pas. Vous utilisez votre cher cerveau sur une tâche secondaire. Ainsi vous n’êtes pas disponible pour trouver des idées.

C’est comme si je vous demandais de suivre un film tout en calculant de tête des multiplications. Le calcul vient court-circuiter votre attention.

Et en matière d’attention, les études sont formelles. Notre cerveau n’est pas fait pour le multitâche. Il en découle du stress et de l’inefficacité2.

Sans mentionner que le stress est également nefaste pour la créativité3.

Passons à la première étape.

1. 1mn pour prendre du recul et se donner du courage

Avoir peur n’est pas le pire. C’est agir en fonction de la peur qui l’est. Si vous ne faites rien, vous stagnez.

Courage : caractéristique d’un être vivant qui lui permet de vaincre sa peur, lui fait supporter la souffrance, braver le danger, entreprendre des choses difficiles ou hardies.
Tiré du Wiktionnaire

Cependant, il est possible de se donner du courage… Mais comment faire ?

On peut prendre du recul, relativiser. La nuit porte conseil dit-on. N’est ce pas que le recul favorise de meilleures décisions, même difficiles ou effrayantes ?

J’ai déjà traité du sujet. Prendre de la distance rend créatif. Mais plus que ça, prendre de la distance permet un meilleur contrôle émotionnel4.

La technique est simple et rapide. Réfléchissez à ce qui vous fait peur, à cet instant et posez-vous la question de ce que vous en penserez dans 10 ans.

Dès que vous sentez que la peur l’emporte, que vous déviez de vos objectifs, utilisez cette technique toute simple.

Un exemple.

Vous cherchez des idées d’articles de blog. Vous remettez à plus tard votre recherche d’idées, parce qu’au fond vous avez peur ; peur de constater que vous n’avez pas d’idées ; peur de constater que vos idées ne sont pas intéressantes.

Mais qu’en penseriez-vous dans 10 ans ? Pas grand chose, cet instant n’aurait que très peu d’importance. Qui s’en souviendra ? Et au mieux, vous y mettre maintenant, c’est une chance supplémentaire de devenir un sacré bon blogueur dans 10 ans. Bref, vous voyez l’idée.

Si vous souhaitez une variante un peu plus complète, vous avez la règle des 10-10-105. Il s’agit de se poser les questions suivantes : qu’en penserez-vous dans 10 minutes, dans 10 mois et 10 ans.

Schéma de la méthode 10-10-10

Passons à l’étape 2 maintenant.

2. La banalité, un levier vers l’originalité

À la poubelle les idées banales ?

C'est ce qui arrive trop souvent quand on manque de confiance en soi. Tout simplement, parce qu'on juge constamment toutes ses idées. La première idée qui ne semble pas à la hauteur, hop poubelle.

Or, exiger de soi de bonnes idées, directement en claquant des doigts, ne serait-ce pas irréaliste ?

N’est-il pas préférable de vous appuyer sur ce que vous avez sous la main, là maintenant ? Et seulement ensuite vous appuyer dessus pour de meilleures idées ?

Prenez Pixar, le studio d’animation, tous leurs films sont basés sur une seule et même structure. Circulez, y’a rien à voir d’original. Voyez plutôt :

Il était une fois ___, tous les jours ___. Un jour ___, A cause de cela ___. A cause de cela ___. Jusqu’a ce que finalement ___.
Pixar6

Ce qui peut donner : il était une fois des monstres, tous les jours ils faisaient peur aux enfants. Un jour ils rencontrèrent une petite fille qui n’avait pas peur d'eux, etc.

Ou ceci : il était une fois un robot seul sur la Terre déserte et polluée. Tous les jours, il compactait des déchets. Un jour il rencontra EVE, etc.

D’un côté vous avez Monster & co, de l’autre vous avez WALL-E. Deux films extrêmement différents, qui ne disent pas du tout la même chose. Pourtant la structure est la même.

Mon propos n’est pas de défendre cette structure d’histoire comme étant la seule bonne. Ce n’est pas la cas. Non, mon propos est de dire que la banalité, la simplicité vient en complément de l’originalité. C’est ce qui lui donne ses espaces de respiration.

Imaginez que vous souhaitiez créer un abri de jardin pour y ranger des outils. Vous pouvez très bien chercher l’originalité à tout prix : c’est une cabane en plastique, avec un toit en paille et des têtes de Mickey collées partout. La porte est en forme d’étoile et quand on ouvre la porte, on entend un extrait de polyphonies corses.

Vous voyez c’est trop chargé, ça ne fonctionne pas bien, parce qu’il n’y a pas d’homogénéité ou de structure. Ça peut vous faire rire de le créer, mais pas grand monde en voudrait vraiment…

Alors voici ce que je vous propose. Prenez la première idée qui vous vient. Ne cherchez pas original ou bizarre, la banalité fait très bien l’affaire. Posez-vous les questions suivantes :

  • qu’est ce qui peut être intéressant dans cette idée ?
  • comment pouvez-vous revisiter cette idée ?

Voilà c’est tout.

Un exemple ? Reprenons notre abri de jardin :

  • la première idée banale qui vient : une petite maisonnette en bois
  • qu’est ce qui peut être intéressant dans cette idée ? Une maisonnette en bois, c’est charmant et pittoresque.
  • comment pouvez-vous revisiter cette idée ? En vous inspirant des maisons de sorcières.

Exemple d'abri de jardin type maisonnette de sorcière
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N’hésitez pas à vous exercer en inventant un autre abri de jardin. Vous n’avez pas d’autre idée banale ? Reprenez l’idée de la maisonnette en bois. Pourquoi se brider ? Pour être unique et original ? Soyez banal jusqu’au bout, n’hésitez pas. Il y a mille idées de maisonnettes en bois possibles.

Un autre exercice ?

Ok, voici la consigne :

  • sortez 3 mots les plus simples et banals, à placer dans une phrase
  • écrire un texte court en 10 minutes d’à peu près 500 caractères (70 mots ou 8 phrases)

Le but de l’exercice n’est pas d’écrire un beau texte, mais plutôt d’arrêter de censurer ses idées simples et banales.

Maintenant, si vous n’avez pas froid aux yeux, vous pouvez tenter l’écriture improvisée. Vous écrivez au rythme d’une parole tranquille. Mais impossible de faire des pauses supérieures à 5 secondes, et chaque mot posé ne peut être effacé. Votre seule possibilité, corriger les fautes de frappe et autres coquilles. 30 secondes peuvent suffire.

Si le texte n’a pas de sens, si il est incohérent, ce n’est pas grave. C’est ce que faisaient les surréalistes avec l’écriture automatique. Voyez plutôt. L’extrait est laissé en l’état :

Le papillon resiste et la fleur se repend. Le désir renait pour la seconde approche. L’échange se fait curieux puisqu’il se détruit au fur et à mesure que sa musique avance.
Alain Horvilleur

Ces exercices vous aideront à accepter les idées qui viennent spontanément, à ne pas vous censurer pour rien, sans pour autant chercher à être original.

Il est désormais temps d’affronter le regard effrayant… des autres.

3. Affronter le regard extérieur

Affronter le regard des autres peut faire peur. Autant se donner les meilleurs moyens pour que ce soit constructif.

Et pour cela, il vous faut choisir les bonnes personnes. Et ce choix dépendra de ce que vous en attendez ?

  • vous voulez de l’aide dans la recherche d’idées
  • vous voulez une validation de vos idées
  • vous voulez des conseils
  • vous voulez avoir le sentiment d’être soutenu dans votre démarche

Si une seule personne joue tous ces rôles, vous augmentez largement vos chances de complications. Tout simplement parce que chacun de ces rôles requiert des spécificités.

Au contraire, si vous donnez les rôles aux bonnes personnes, vous augmenterez votre sentiment de confiance, au fur et à mesure des expériences positives.

C’est un principe bien connu en thérapie. Pour abaisser l’anxiété, il s’agit de se confronter progressivement à ce qui fait peur. A chaque fois que notre cerveau s’aperçoit que ça s’est bien passé, il l’enregistre. L’anxiété finit ainsi par s’abaisser doucement au fil du temps8. Pour aller plus loin, voici des informations supplémentaires sur la technique d’exposition.

Attaquons tout de suite le premier type de personnes.

Vous voulez de l’aide dans la recherche d’idées

Ce qui importe ici, c’est la qualité de la coopération. Il faut que ça roule entre vous. Ne choisissez pas quelqu’un qui va dominer l’échange. Sinon ce n’est plus de l’aide, c’est de la délégation.

Un exemple. Vous êtes amis avec le voisin. Quand vous discutez, ça roule entre vous. Vous lui proposez alors de participer aux idées. Vous lui expliquez que vous souhaitez créer un abri de jardin.
ㅡ J’aimerai créer un abri de jardin. J’aimerai que tu participes aux idées.
ㅡ Ah oui, intéressant. Tiens ma première idée. Je verrai bien un abri qui n’est pas carré.
ㅡ Oui, dans ce cas pourquoi pas une forme ronde ?
ㅡ Très bien, dans ce cas, je vois bien un toit rond également.
ㅡ Ah, et si on faisait un abri en forme de moulin à vent, c’est sympa ça.
ㅡ Oui chouette idée

Vous pouvez faire la même chose à l’écrit. Chaque idée est inscrite sur un post-it ou un bout de papier. Chacun des participants peut les lire et s’en inspirer pour en créer d’autres. Si vous souhaitez en savoir plus, j’ai créé un système simple. J’explique tout et mets tout à disposition sur ce post sur le Creation canvas.

Illustration creation canvas

Bref, continuons.

Vous cherchez une validation de vos idées

Tout le monde n’a pas les mêmes goûts, préoccupations, problématiques. Les uns adoreront, tandis que les autres ne seront pas très emballés par vos idées. Alors comment faire ?

Il suffit d’aller demander à votre “public” ou aux personnes concernées. Pour un entrepreneur, les personnes concernées sont les clients ; pour un roman de science fiction, ce seront les fans de science fiction ; pour un article de blog, ce sera l’audience du blog. Ainsi de suite.

Une fois trouvée les bonnes personnes, demandez leur ce qu’elles pensent de vos idées.

  • ce qu’elles aiment
  • ce qu’elles n’aiment pas
  • pourquoi elles aiment ou n’aiment pas ces idées ou propositions ?

Par exemple, vous souhaitez construire un abri de jardin pour des amis. Vous leur proposez un abri avec des courbes très arrondies et des grandes ouvertures lumineuses.

Leur retour ? Les grandes ouvertures leur évoquent quelque chose de joyeux, lumineux. Ils apprécient. En revanche, ils n’aiment pas trop les arrondis. Ça leur évoque quelque chose à la mode, très moderne. Ils ne se reconnaissent pas du tout là dedans. Ils veulent plutôt quelque chose d’unique en son genre. Vous finissez par leur proposer un abri inspiré de la forme des abris bus, mais avec une baie vitrée coulissante. Hop, cette fois c’est dans la boîte.

Critiques sur l'abri de jardin moderne

Attention malgré tout, demander un avis, ce n’est pas demander ce qu’ils feraient à votre place. Il y a une différence entre valider une idée et y participer. On l’a vu précédemment, pour participer il faut que ça roule entre vous. Et si ce n’est pas le cas, vous risqueriez de fabriquer un abri qui ne vous plait pas…

Vous voulez des conseils

Vous avez un plan de votre abri de jardin. Ok, demandez des conseils à une personne qui connait le sujet. Mais choisissez bien, un menuisier ne vous donnera pas les mêmes conseils qu’un maçon ou qu’un architecte. Un romancier de science fiction ne donnera pas les mêmes conseils qu’un romancier d’enquêtes policières.

Attention également, cette personne ne doit pas être là pour aimer ou non votre proposition. Ce n’est pas son rôle.

En revanche, elle pourra détecter des erreurs dans la conception, vous montrer qu’il serait plus simple de faire comme ci ou comme ça. Elle pourra également vous ouvrir des possibilités auxquelles vous n’avez pas pensé.

Par exemple, vous demandez à un menuisier des conseils sur la maisonnette de sorcière. Il vous montre quelques points faibles sur l’aspect tordu, ainsi que des alternatives.

Vous voulez avoir le sentiment d’être soutenu dans votre démarche

Une critique constructive est intéressante à entendre. En revanche, une critique assortie d’un jugement ne sert à rien, surtout si vous manquez de confiance en vous.

La critique constructive pousse à avancer, là où le jugement pousse à obéir. C’est une punition par désapprobation. Et quand on manque de confiance en soi, c’est souvent paralysant.

Je dirai même plus, une personne qui manque de confiance est souvent son propre juge. Pour créer, il faut savoir suspendre son jugement, sortir d’une vision binaire bien ou mal.

Et pour cela, rien de tel que le soutien inconditionnel.

Pour avoir les sentiment d’être soutenu, demandez à une personne bienveillante, en qui vous avez confiance. Une personne qui ne vous jugera pas.

Ne demandez pas de retour, ni même de critique constructive. Dites juste que vous avez envie de partager vos idées. En constatant que le monde ne vous tombe pas sur la tête, vous gagnerez en confiance.

Vous avez un vieil ami que vous revoyez à l’occasion ? Une personne qui sera ravie d’avoir des nouvelles quelle qu’elles soient ? Au détour d’une conversation, partagez votre idée très simplement.

Lancez-vous

Je vous recommande vivement de tenter à l’exercice. Un projet d’entrainement fera très bien l’affaire :

  • imaginez un abri de jardin peu conventionnel
  • imaginez une entreprise, une startup ou une association
  • trouver une solution pour gagner 10 minutes par jour
  • inventez un luminaire qui fonctionne sans ampoule
  • trouvez une idée de BD sur un format original
  • trouvez une idée de dessin, là maintenant

Evitez de passer trop de temps à choisir. Ce n’est souvent qu’un moyen d’éviter de passer à l’action. Commencez petit, mais commencez. Vous finirez par voir la différence. 100 mètres par jour pendant 10 ans, ça fait 360 km.

Alors, ne prenez pas trop de temps à choisir vos chaussures, et partez marcher… à la rencontre de vos idées !

1 : Auteur de la photo originale : Yann Caradec en license CC BY-SA 2.0
2 : Dossier du magazine Cerveau & psycho numéro 97, p.40 sur la charge mentale
3 : creativity and stress
4 : Psychological distance and emotional experience: What you see is what you get.
5 : 10-10-10: A Life-Transforming Idea
6 : Pixar story rules (one version)
7 : Source de la photo License CC0 Domaine public
8 : What Is a Conditioned Response?

À propos de l'auteur : auteur, blogueur et inventeur en créativité, Nicolas Brun partage chaque semaine des méthodes inédites, des outils complets et des astuces pour vous aider sur le chemin de la créativité.